ENTREPRISE : Art, métamorphose et entropie. Bernard Arnault,pdg de LVMH déclare :


(Exposition en entreprise)

"Que se soit dans la peinture, la musique, ou la mode, il y a des fractures dans le parcours de la création. La réussite dans les entreprises vient de la capacité que l'on a à gérer les deux, l'irrationnel et le rationnel : à transformer cette irrationnel en réalité économique. Et c'est cela qui est captivant. Pour réussir, il faut avoir un sens artistique, être capable de sentir les évolutions. L'idéal est d'avoir en soi cette ambivalence."
Plus on a appris à désapprendre, plus on apprend à apprendre; le rythme d'innovation s'accélère indéfiniment, le désir d'entreprendre gonfle sans fin, l'intuition de nouveaux projets attise la passion de la création de richesse. Accepter que chaque être dans ce monde est mortel, que chaque élément va inexorablement vers sa destruction, accepter que dans chaque ordre réside le désordre vital, aide à briser les modéles établis, à accepter des dialectiques nouvelles et à accéder à l'autorité esthétique.
En tant que recherche d'équilibre dynamique entre l'ordre hérité des traditions et le désordre inhérent aux innovations et aux confrontations d'idées et de projets, l'entropie est aussi un puissant vecteur de réinvention et de transformation des entreprises.
"Les deux choses les plus importantes n'apparaissent pas au bilan d'une société:
sa réputation et ses hommes" Henry FORD

REGARD #3 : L'art et la communication interne. Par José Frèches.

L'art visage quotidien de l'entreprise.

"la communication interne peut enfin trouver dans l'art un appui continu, un fil rouge en quelque sorte, qui donne un sens à l'identité de l'entreprise au quotidien. C'est au quotidien que l'entreprise doit prendre un visage, à travers ses activités, ses métiers, ses services, ses produits ou ses marques. L'art peut alors se décliner sous forme d'ateliers, de conférences, d'expositions, de dossiers en utilisant les supports papier ou web. Il s'agit de faire vivre l'entreprise dans un registre stimulant, en dehors de son cadre strictement productif, pour en appuyer la stratégie, l'orientation, les valeurs, l'âme, l'éthique, le sens.
Proposer aux salariés des expositions, c'est les inviter à partager des moments de détente et de découverte qui cultivent à la fois la curiosité et l'émotion. La récurrence et la pérennité quotidienne de ces respirations artistiques apportent une valeur supplémentaire de reconnaissance identitaire dans un modèle artistique, perçu comme un accompagnement.
L'identité de l'entreprise trouve dans le modèle artistique plusieurs modes d'incarnation privilégiés: le mécénat, l'événementiel, l'accompagnement quotidien.
En termes de communication interne, cet outil s'avère d'autant plus efficace qu'il s'adresse aux sens et donne ainsi une visibilité plus aisée à un visage devenu difficile à cerner, mobile à l'extreme et souvent inquiétant.Au masque, l'art substitue
un portrait d'une authenticité dont les entreprises auraient tort de se priver, tout particulièrement lorsque leur identité est mise à mal par les aléas de la réalité économique."

REGARD #2 : L'art et la communication interne. Par José Frèches.


L'art visage d'exception de l'entreprise.

"Le laboratoire Sanofi Synthélabo a mis en place un dipositif de communication interne fédérateur autour de valeurs culturelles et artistiques: l'humanisme, valeur phare avancée par l'entreprise, se décline sous forme d'exposition, de conférences, de cycles de formation. Anniversaire, déménagement, fusion, restructuration, ou tout simplement manifestation annuelle, les occasions sont nombreusesde rappeler à ses personnels que les activités et les marques d'une entreprise sont aussi matière à imaginer, à rêver, à créer. Elles sont même des temps indispensables de détente et de respiration, pour réactiver la flamme du quotidien et rappeler l'identité tout simplement qui rassemble des corps de mêtiers, des compétences, des personnalités.
Ces temps forts de la communication interne participent à forger une identité collective en même temps qu'ils ouvrent souvent un dialogue impossible dans d'autres circonstances parce qu'il s'y échange des émotions et des expériences uniques en leur genre, qui n'ont aucun autre lieu d'expression."

ENTREPRISE : De l'exigence éthique à l'engagement artistique. Par Gilles Lipovetsky - philosophe et sociologue



" L'art a cela de particulier, qu'il est à la fois supérieur et populaire: il manifeste ce qu'il y a de plus élevé, et il le manifeste à tous." La philosophie de l'art, Taine.

"4 grands facteurs qui expliquent la valorisation nouvelle de l'éthique, au sein même de la stratégie des entreprises : besoin de garde-fous sécuritaires dans un contexte de mondialisation aux régles de plus en plus floues; réaction contre l'essor des pratiques malsaines du business; développement d'un marketing des valeurs et de la solidarité; prise de conscience de l'importance du facteur humain dans les ressources humaines.
Le pouvoir des médias place enfin les entreprises sous une surveillance constante qui ne leur permet plus d'ignorer les mouvements protestataires de consommateurs.Bref, l'entreprise de demain sera citoyenne ou ne sera pas, serait-on tenté de dire. Acteur de fait de la vie civique, l'entreprise se trouve plus que jamais responsabilisée par rapport à l'environnement dans lequel elle évolue.

Tolérance, diversité, exigence d'absolu...
En termes d'éthique, l'art véhicule des valeurs de diversité et d'identité qui ne sont pas incompatibles entre elles et c'est bien l'une de ses spécificités uniques. Une autre valeur commune à l'art et à l'éthique, est celle de l'absolu, que ce soit sous la forme d'une quête de sens , de beauté, de transcendance. On ne transige pas , en éthique, avec le respect de la vie humaine. L'oeuvre d'art ne fait pas davantage de compromis avec son ambition de réaliser un rêve, de donner forme à l'imaginaire, de concrétiser un idéal.
Enfin l'art dispense une atemporalité qui l'affranchit des modes, du culte de la modernité, du jeunisme, de la mort.
Cette valeur qui lui est propre est particulièrement importante pour l'entreprise d'aujourd'hui dont l'avenir reste incertain et aléatoire, et pour le citoyen qui s'inquiète de plus en plus de son avenir, de celui des générations à suivre, de celui de la planète. Les oeuvres d'art vivent mais ne meurent pas , elles restent et témoignent de ce que l'humanité peut produire de meilleur. L'entreprise qui s'y associe acquiert d'emblée une éthique de durée, de crédibilité dans le temps, valeur qu'il lui est extrêmement difficile d'incarner par le seul biais de ses activités directement profitables.

L'obsession du moindre coût doit s'accompagner d'une plus grande recherche créative.
La mission de l'entreprise est d'abord de créer des richesses, des biens économiques, et d'assurer sa compétivité pour ne pas menacer son existence dans le futur. Le but de l'entreprise n'est pas de réaliser le bien moral partout et toujours.
Pourtant, dans le domaine des ressources humaines, l'hyperindividualisme et l'hyperanxiété appellent une réponse : l'attention plus systématique au facteur humain et à l'épanouissement des personnes, au respect des individus et à la valorisation de leur rôle dans l'entreprise, me semble incontournable dans l'intérêt même de l'entreprise.
J'ajoute que l'exigence morale du respect des contrats, des engagements et de la parole donnée est fondamentale parce qu'elle fonde la possibilité même de la vie économique, laquelle suppose la confiance entre les acteurs. On l'a vu dans la crise bancaire récemment.

Esthétisation du quotidien, aspiration d'un nouvel art de vivre, éthique des entreprises, il y a matière à envisager la place de l'art dans l'entreprise sous de nouvelles formes.
Il semble que le mécénat artistique parrainant de grands événements dans la ville devrait donner lieu à des propositions plus diversifiées, plus nombreuses. Je constate que l'art dit d'avant-garde ou émergent, reste coupé du grand nombre
mais pour autant, un public de plus en plus nombreux, est concerné et se montre curieux d'expressions artistiques au sens large. Voyez le succès des grandes expositions, du tourisme culturel, des animations de rues.
Beaucoup reste à faire et à imaginer. C'est un vecteur à développer pour les entreprises riche en potentiel d'images."