"L’ART C'EST BON POUR MON ENTREPRISE”




Même en période de crise, de nombreuses entreprises poursuivent leurs actions de mécénat, car leur identité est étroitement associée à leur engagement artistique vis-à-vis de leurs salariés, clients ou prospects.

« On peut vivre après tout sans musique, sans poésie, sans amour et sans art. On peut vivre, mais pas si bien », disait le philosophe Vladimir Jankélévitch. Il n’avait pas tort. Même en période de crise, de nombreuses entreprises poursuivent leurs actions de mécénat, car leur identité est étroitement associée à leur engagement artistique vis-à-vis de leurs salariés, clients ou prospects. « La loi du 1er août 2003 a dynamisé le mécénat au moyen d’un nouveau dispositif fiscal très attractif », estime Patrice Marie, chef de la mission du mécénat au ministère de la Culture. Environ 1 300 entreprises mécènes ont été répertoriées. « Celles-ci font des dons en priorité dans la musique et les arts plastiques », souligne Nicole Gimenez, chargée du réseau régional de l’Admical, l’association pour le développement du mécénat industriel et commercial.

Des PME s’organisent autour de clubs d’entreprises. Ame (Arts et Mécénat d’entreprises en Essonne), Arpège (concerts de l’Orchestre national de Lille), Mécènes du Sud sont devenus des modèles pour tous ceux qui, dans leur région, veulent les imiter.
« A Mécènes du Sud, une trentaine de sociétés cotise à hauteur de 5 000 ou 15 000 euros par an, selon la taille », explique Eric Chaveau, le président, par ailleurs PDG du groupe de fabrication de peintures Pébéo, implanté à Gémenos, près de Marseille. « Notre budget de 150 000 euros finance, cette année, quinze projets sélectionnés par un comité de professionnels. » Rien d’étonnant qu’Eric Chaveau se soit engagé dans cette démarche. Son grand-père hébergeait chez lui des artistes, et son père leur offrait des tubes de peinture. Chaque année, Pébéo achète pour 15 000 euros d’oeuvres d’art qui sont exposées dans l’usine, le showroom, les couloirs, les bureaux et le jardin d’hiver du siège. « Par ailleurs, précise Eric Chaveau, nous consacrons la même somme à des actions de mécénat. » Les salariés sont fiers de cette tradition et n’imagineraient pas une manifestation artistique dans la région sans le soutien de Pébéo.

Egalement membre fondateur de Mécènes du Sud, Christian Carassou-Maillan, président de Vacances bleues (séjours pour seniors), fait du mécénat un outil de communication interne. Au siège, à Marseille, avant chaque exposition, les collaborateurs choisissent les tableaux qui vont décorer leur bureau. « J’ai un Alberola auquel je tiens beaucoup, confie Joëlle Lebrun, l’assistante de Christian Carassou-Maillan. Je n’aimerais pas m’en séparer. » Pourtant, c’est la règle : les tableaux tournent. Y compris dans la vingtaine de résidences de Vacances bleues. Pour le plus grand bonheur des estivants.
Sylvain Breuzard, le PDG de Norsys, une SSII de 130 personnes, a invité une dizaine d’artistes à exposer pendant plus d’un mois dans le patio de son entreprise. « Chaque artiste a donné une oeuvre pour la vente aux enchères que j’ai montée à la fin de l’exposition. Nous avons versé les recettes à notre fondation, qui aide les enfants du Maroc à accéder à la formation et à la culture. Certains salariés donnent parfois un coup de main bénévolement, mais ce n’est jamais une obligation."

BALISER L'INCERTAIN, C'EST AUSSI REGARDER.


(Christophe Motury Trio)

ACCEPTER L'EXTINCTION DE VIEILLES LOGIQUUES
ET OUVRIR DE NOUVEAUX POSSIBLES.
En période de transformation radicale comme celle que nous vivons aujourd'hui, se contenter d'appliquer les enseignements des anciens et d'imiter les success stories conduit à un télescopage violent avec le monde réel contemporain frénétique, inédit, changeant.
Artistes et entrepreneurs contemporains ont ceci en commun qu'ils n'acceptent pas les logiques en vigueur et leurs représentations pour acquises. Ils les transforment et sont capables de les abandonner. Découvrir est possible à tout âge.
Si les dirigeants s'ouvrent à la sensibilité artistique et en tirent des conséquences concrètes pour définir leur stratégie
l'impact peur-être immédiat et très large.

COMMENT DONNER UNE VISION DU DEVENIR OU UNE IMAGE À L'ABSENCE ?
Le travail de l'artiste est de construire une vision. Redessiner régulièrement le portrait de l'entreprise pour réactiver son devenir. Déjà les grands maîtres de la peinture repeignaient par-dessus pour donner de nouvelles orientations à leur projet.
A fortiori dans l'art contemporain.
Croiser passé, présent et futur; introduire le futur possible dans le présent ouvre à l'aventure au quotidien et oxygène la réalité de l'entreprise. Chaque idée nouvelle enrichit d'une étoile la constellation de l'entreprise. Les résultats ne sont plus que les traces éphèmères de processus de création, de décision et de production à réactiver chaque jour.

Agir en entrepreneur responsable exige une capacité à "voir l'invisible" ce qui engage les générations futures, bien au-dlà des signes du marchés et des indications des enquêtes d'opinion. Voir l'invisible, c'est scruter le présent en profondeur : les gestes et évènements du quotidien, dans la rue comme dans toutes les instances de la vie, tout en ayant à l'esprit les archétypes des désirs humains comme des évolutions physico-chimiques, techniques, biologiques ou sociologiques de longues durée.
C'est un extraordinaire défi à la perception.

>Sortir des sentiers battus, provoquer pour questionner.
LIBÉRER L'ART DE LA DÉCISION
Le processus artistique se caractérise par un questionnement perpétuel des limites de notre perception, de notre action et de notre intelligence. L'art progresse par un questionnement sans relâche des idées, du discours et des formes. En posant des questions par un langage des formes, l'art force la réflexion, ouvre le regard, libère l'esprit et entraîne à faire des choix et des évaluations multicritères. Agissant sans repères préétablis, l'artiste est confronté à des choix incessants tout au long de son processus de travail, qui en font un champion de la décision.

INVENTONS L' HYPERENTREPRISE DU XXIe SIÈCLE.


Illustration; LUNE (Berlin)

"Le monde d'aujourd'hui nous invite à créer une forme nouvelle d'entreprise, dont la valeur est aussi fluctuante que celle d'une oeuvre d'art contemporain; l'hyperentreprise, faite de flux, d'interactions, de mouvements incessants, au carrefour du monde virtuel et du monde réel, plate-forme innovante en constante transformation, requérant de ses dirigeants comme de ses collaborateurs, partenaires et clients, des postures, des capacités et des manières d'agir dont les artistes contemporains pourraient être les précurseurs.

L'hyperentreprise intègre les richesses du passé pour mieux les recycler ou les transcender. Mais créer de la richesse dans la vélocité nécessite une mutation relationnelle qui pourrait passer pour un nouveau manifeste futuriste d'économie.

Aller vers l'autre, tisser des liens créatifs, inventer des solutions avec ses clients; l'économie immatérielle, dont l'hyperentreprise exprime la quintessence, requiert des qualités aussi nombreuses et diverses que l'exercice d'une autorité esthétique fondée sur le sentiment, la sensation et l'émotion de "vibrer ensemble" , l'ouverture à l'autre et l'exposition permanente au jugement d'autrui, l'adaptation constante des stratégies, la transformation permanente, la coopération spontanée, la mise en scène d'expériences relationnelles créatrices de valeur, et enfin de la performance comme art de vivre.

Dans l'art contemporain, pour susciter de l'intérêt et attirer vers lui des flux critiques, médiatiques et financiers dans un univers saturé de signes et d'images, l'artiste est contraint de démontrer sans cesse sa capacité à surprendre, tout en exprimant la quintessence de son époque.

A l'heure de l'économie immatérielle des services, le manager entrepreneur est celui qui a la capacité à attirer vers soi les flux de confiance, d'exigence, de sympathie et de liquidité des investisseurs.
Il représente un projet "d'expérience à partager" qui intéresse des clients; aura d'image, de prestige ou de plaisir, et de services associés qui vont avec. Pour attirer les investisseurs, l'entreprise doit démontrer qu'elle tient ses promesses
grâce à des succès.

Entreprendre au XXIe siècle c'est apprendre à naviguer avec une visibilité à court terme, en étant capable de remettre constamment en question la stratégie qui soutient ses objectifs. Les entrepreneurs contemporains agissent ainsi dans un environnement qui les contraint à adopter une posture proche de l'attitude nomade des artistes.
Notre réalité est devenu tellement fluctuante qu'elle ne peut plus entrer dans aucun modèle théorique de performance.
Assumons donc le fait ; le monde qui émerge est un monde rempli d'écume, plutôt que de pyramides lourdes et stables. Dans l'écume humaine, chaque bulle est un univers en soi, avec sa culture, sa mentalité, sa complexité, sa créativité, ses capacités défensives et offensives, notamment en matière de création, de relation
à autrui.

Dans notre monde contemporain, les entrepreneurs comme les artistes traversent le monde réel, en captent les mouvements invisibles. Ils détectent les tendances émergentes qu'ils confrontent aux traces du passé pour stimuler des processus d'innovation chargés de sens pour leur environnement, pour leurs clients, pour leurs collaborateurs et pour eux-mêmes.
Ils sortent du cadre des idées convenues pour donner naissance à des projets uniques, différents. Le développement se traduit par une action responsable des artistes et des entrepreneurs, pour dépasser le seul profit, pour partager la confiance en soi et l'élan constructif, pour créer de la valeur et pour contribuer à l'équilibre d'un monde où tout interagit avec tout.

Ils dessinent et partagent des visions en devenir pour inventer de nouveaux futurs.
Ainsi les artistes comme les entrepreneurs révèlent et assument leur mission noble." C.M